par Jean-Paul Gavard-Perret
Février 2015

Elsa Leydier, La double vie des images (exposition)

Tristes tro­piques

Il faut sans doute un beau cou­rage et une absence d’ego à une artiste pour oser un tra­vail qui inter­pelle le corps dans ce qu’il a de plus pre­mier face à la civi­li­sa­tion qui l’annihile. Afin d’y par­ve­nir, Elsa Ley­dier invente sans cesse des hybri­da­tions au « pro­fil » par­ti­cu­lier en « explo­rant » entre autres l’Amérique du Sud et sa zone ama­zo­nienne. Sous des ciels mauve ou tabac, les corps nus ne sont pas là pour faire fan­tas­mer les mateurs. Contre les entre­prises d’ensevelissement, la créa­trice remonte le fil du temps pour redres­ser une ver­ti­cale humaine face à la théo­cra­tie de l’argent. Anthro­po­logue à sa façon, elle livre un com­bat. La pho­to­graphe crée un rap­port « fic­tion­nel » avec les images pour créer des rela­tions inédites et sor­tir l’être de lec­tures secon­daires qui tentent de l’annihiler. Ce fut le cas avec une diver­sité de regards sur un vil­lage boli­vien au moyen d’images où se mêlent pho­tos prises par les autoch­tones (l’artiste leur donna des appa­reils) ou par elle-même ainsi que des images d’archives.

Elsa Ley­dier crée ainsi le métis­sage du métis­sage que l’on retrouve dans son pro­jet suite à la Coupe du Monde de Foot­ball de 2014 au Bré­sil et les timbres que la poste du pays a édité pour cet évène­ment. Près du stade du Mara­caña, le gou­ver­ne­ment tenta de détruire le seul musée dédié aux cultures pri­mi­tives et indi­gènes du Bré­sil : « L’Antigo Museu do Indio » au pro­fit d’un centre com­mer­cial. A tra­vers sa jux­ta­po­si­tion de cartes pos­tales repré­sen­tant des Indiens bré­si­liens et de timbres à l’image de la Coupe du Monde 2014, l’artiste illustre com­ment un pays veut occul­ter une par­tie de son his­toire et des ses racines au pro­fit d’un évène­ment déri­soire qui sert à faire gober du vide. Ses arti­fices de dévoi­le­ment pro­posent une poly­pho­nie visuelle afin de démys­ti­fier l’inanité de cer­tains pro­jets aux argu­ties méphis­to­phé­liques.

Le dis­po­si­tif mis en place est là pour mon­trer qu’il existe la néces­sité capi­tale de défendre « l’Autre » (L’Indien ici en l’occurrence). Il n’est a priori pas de régions pri­vi­lé­giées pour ces mou­ve­ments de ter­rain, mais il est des pays où l’urgence est plus grande. D’où ce retour au Bré­sil afin de retour­ner le champ du poli­tique et de l’économique. Sport et consom­ma­tion ne doivent pas déci­mer le cadre pre­mier du monde. Certes, l’artiste sait que l’altérité ne s’explique pas en dix leçons ou en dix pho­to­gra­phies. Elle sait aussi que la réi­fier c’est à coup sûr ne pas s’y ris­quer. C’est pour­quoi Elsa Ley­dier exhibe les signes du passé occulté en les dou­blant d’images dou­teuses mon­tées en gri­gris ou en coli­fi­chets. Elle lutte contre le rejet des valeurs pre­mières qu’il s’agit tou­jours de refon­der. C’est d’ailleurs une des “rai­sons” de l’existence de l’art. Il doit tou­jours lut­ter contre l’appropriation de la repré­sen­ta­tion par les pouvoirs.

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par Jean-Paul Gavard-Perret
Février 2015

Elsa Leydier lanceuse d’alerte

Fondant son travail vers les territoires encore « sauvages » de Bolivie et du Brésil la photographe et plasticienne Elsa Leydier invente des montages. Parfois à travers un voyage par procuration : celui que ses parents firent et qu’elle réanime travers une collection de vieillies diapositives devenues diaphanes. Elles deviennent le support d’apparitions sur un monde parfois disparu, parfois en disparition. Existe toujours chez elle un rapport que la photographe nomme « fictionnel » avec les images qui ouvrent à des champs des possibles parfois hors-champ parfois en plein dedans et sur lequel la créatrice invente de nouvelles relations. C’est le cas avec une diversité de regards sur un village bolivien où se mêlent photos prises par les autochtones (l’artiste leur donna des appareils) ou par elle-même ainsi que des images d'archives.

Existe là un métissage du métissage que l’on retrouve dans son projet brésilien suite à la Coup du Monde de Football de 2014 et les timbres que la poste du pays a édité pour cet évènement. Près du stade le plus célèbre de Rio (le Maracaña) existe (provisoirement ?) l’unique musée dédié aux cultures primitives et indigènes du Brésil : « L’Antigo Museu do Indio ». L’endroit est occupés par les indiens eux-mêmes : y survivent leur culture, leur artisanat, leurs thérapies. Et ils y sont accueillis. Le gouvernement eut l’idée de le détruire pour le transformer en zone commerciale et parking. Le lieu aujourd’hui encore n’est pas sauvé. Et à travers sa juxtaposition de cartes postales représentant des Indiens brésiliens et de timbres à l'image de la Coupe du Monde 2014 l’artiste illustre comment un pays veut occulter une partie de son histoire et des ses racines au profit d’une évènement dérisoire eu égard à ce que produit le Musée. A sa manière Elsa Leydier est donc une lanceuse d’alertes. Ses montages ne sont ni des matières de rêve ni des exvotos. Ils permettent une effraction de la conscience perceptive et politique. Un ignoré est rendu visible : non seulement la façon dont le corps se montre mais la façon dont il est occulté. La nostalgie, l’exil, le déracinement se disent de la manière la plus abrupte et exorbitée.

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par Francisco González Fernández (en espagnol)
Mars 2015

Elsa Leydier "Esgotados"

Cada fotógrafo o fotógrafa nos invita a presenciar el silencio de las imágenes que nos presenta en una aventura íntima cuya significación anida en la crítica, la poesía o la política y en el que el juego que se establece entre la mirada y lo mirado se dilucida, en definitiva, en la interpretación que otorgamos a lo que vemos.

La denuncia suele ser un adherido ineludible y, a veces, necesario en la fotografía documental cuyas formas suelen identificarse con la pura representación de la realidad que pretende mostrarse o denostarse. Pero eso siempre no es así pues hay autores/as que gustan de usar otras claves significativas en las que la ilusión, la ficción o la metáfora desarrollan sus particulares capacidades para poner en entredicho lo que se considera inadecuado, injusto, indebido o denunciable.

Es otra manera de documentar la realidad, de llamar nuestra atención sobre los actos insoportables e ilegítimos que padece o sufre la sociedad, una manera que se constituye esencialmente en una lucha contra la apropiación de la representación de la realidad que, cada vez más, ejercen los poderes políticos, económicos o sociales.

Es esta otra forma de denunciar la realidad la que nos presenta la fotógrafa francesa Elsa Leydier (1988) en su serie Esgotados (exhausted en inglés) y gracias a la cual podemos ver el reverso de aquello que se nos presentó como un gran espectáculo y evento.