Plátanos con platino


Le Chocó est la région la plus pauvre de Colombie. Le territoire se trouve géographiquement extrêmement isolé du reste du territoire colombien, abandonné par le gouvernement, et les statistiques, en plus de révéler des indices de pauvreté inquiétants, le classent parmi les zones les plus violentes du pays. Tous ces faits sont ceux qui apparaissent communément entre les pages des journaux — lorsque ces derniers daignent mentionner le Chocó —, et qui viennent ainsi bien souvent former l’imaginaire lié à la région chocoana depuis l’extérieur.

Afin de souligner l’isolement et le manque d’infrastructures dans le Chocó, García Márquez relatait en 1954 par ces mots ses impressions suite à un voyage sur le territoire : « Il est entièrement sensé de penser que si quelqu’un avait eu l’idée de semer [sur les terres du Chocó] un bananier, les fruits auraient poussé chargés de pépites de platine. Cependant, la réalité montre que ces fruits fabuleux n’auraient même pas pu être amenés au marché le plus proche qu’ils auraient déjà commencé à pourrir».

Plusieurs dizaines d’années plus tard, peu de choses ont changé, et aucune voie de communication terrestre ne relie le Chocó au reste de la Colombie. Mais, si dans ses écrits García Márquez évoquait la possibilité de bananes poussant chargées de pépites de platine, il faisait allusion aux richesses minières et naturelles du territoire. Car, si cela est moins souvent mentionné par les média, le Chocó est la région la plus riche de Colombie — et l’une des plus riches au monde — en termes de biodiversité.

Ce travail est tout d’abord une réflexion sur la manière dont on peut jouer avec l’image que l’on rapporte d’un territoire, dont on peut en construire et instrumentaliser les récits. Mais il est aussi une manière de révéler le Chocó en l’abordant par une facette moins visible et souvent délaissée au profit d’une autre représentation dominante et omniprésente. Il est une tentative de s’élever contre les mauvaises nouvelles, pour mettre en lumière des récits plus positifs et optimistes. Sans nier les réalités propres au territoire du Chocó, j’ai souhaité en raconter sa magie, sa luxuriance et ses richesses, j’ai souhaité en raconter ses bananes aux pépites de platine.


Plátanos con platino a été réalisé avec le soutien de l’Alliance Française de Bogotá et de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles.



Cyanotypes sur tissu, cyanotypes sur pages de journal, tirages jet d’encre, collages