Les Marques

EXPOSITION

Travail actuellement montré dans l’exposition collective Les Mauvaises Herbes Résisteront
Avec le Centre d’Art Contemporain de Nîmes
Commissariat d’Alice Santiago

Nîmes, France
16 Octobre 2020 – 10 Janvier 2021



Travail en cours

Pendant les siècles qu’ont duré les chasses aux sorcières, une imperfection de la peau, comme une cicatrice ou une tâche de naissance, pouvait être désignée comme « marque de sorcière », ou « marque du Diable » et entraîner de terribles (parfois mortelles) conséquences pour la femme qui la portait.

Cette traque à l’imperfection des corps féminins fait échos aux représentations contemporaines que l’on trouve dans l’imagerie quotidienne, entre les pages de magazines ou dans les publicités, où l’on voit défiler des visages et corps de femmes toujours lisses, blancs, et jeunes — et qui reçoivent l’injonction de le rester.
Nos imaginaires se retrouvent ainsi colonisés par ces représentations collectives de corps féminins parfaits, sans défauts, mais surtout dénués de toute possibilité de l’aléatoire comme de diversité.

C’est à peu près le même mécanisme qui est aujourd’hui en place dans le domaine de l’agriculture. Pour nourrir des objectifs purement capitalistes, quelques multinationales brevètent les graines et semences, engendrant une dépendance économique de la part des agriculteurs, mais surtout interdisant la vente de centaines de milliers d’espèces (parfois très anciennes et vulnérables) de graines de fruits, légumes, fleurs et plantes médicinales. En s’accaparant ainsi le monopole des semences dans le monde, allant même jusqu’à rendre illégale l’activité des associations préservant et commercialisant des graines et semences dites « libres » (non recensées dans le catalogue officiel), ces Tout-puissants de l’agrobusiness mettent en péril la diversité du vivant, pour, au contraire, instaurer ce que l’écoféministe Vandana Shiva nomme justement la « colonisation du vivant ».

A travers la mise en relation de ces semences libres avec des peaux lisses de papier glacé, j’ai souhaité ici proposer une forme de résistance pour ces graines qui devront évoluer en milieu hostile, mais aussi offrir aux représentations de corps de femmes la possibilité de retrouver, tout au long de l’évolution des plantes, leurs défauts, leurs craquelures et leurs rides, et enfin, la possibilité de l’aléatoire et de l’imprévu.

Ce travail est actuellement montré dans le cadre de l’exposition collective Les Mauvaises Herbes Résisteront, et est destiné à évoluer aléatoirement au cours des trois mois que durera l’exposition.

Semences paysannes, pages de magazines, bois de chêne